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Chaumont-Gistoux
Les terribles événements auxquels il est fait allusion se déroulèrent sur le territoire de Chaumont en l'an de grâce - ou de disgrâce à une période où la répression de la sorcellerie connut ses heures les plus noires. Trois personnes, suspectées de pactiser avec le démon, furent appréhendées en l'espace de quelques mois: Jehenne GILLART, arrêtée en avril, Catherine HACQUEDAULX, veuve de feu Lambert LHOST, arrêtée début mai, et François FECQ, arrêté en juillet. Le seul mobile d'inculpation explicitement dénoncé qui nous soit parvenu est à charge du dernier nommé, lequel est accusé de « verseur de vin aux danses », activité révélatrice de l'esprit de débauche et des excès perpétrés lors des réunions nocturnes du sabbat.
Aucune des personnes précitées ne réchappa à l'étau de l'appareil judiciaire. Jehenne GILLART et Catherine HACQUEDAULX furent exécutées puis brûlées, respectivement le 12 juin et le 22 octobre 1614, alors que François FECQ décéda en prison le 10 novembre de la même année. Comme on le voit, la durée de l'instruction a été longue, voire très longue. S'il ne fallut « que» deux mois pour condamner à la peine capitale Jehenne GILLART, cinq mois et demi furent nécessaires dans le cas de Catherine HACQUEDAULX pour aboutir à un résultat similaire, François FECQ ayant eu, quant à lui, la bonne idée de succomber dans sa cellule, après quatre mois de détention, pour abréger la durée de son procès.
Une telle lenteur dans le déroulement de la procédure, pour étonnante qu'elle puisse paraître de nos jours, surtout dans le chef de personnes démunies d'instructions et totalement ignorantes des arguties rencontrées dans les cours de justice, s'explique par un petit nombre de facteurs qui se retrouvent en maints endroits: la distance séparant le village où l'affaire était instruite (Chaumont-Gistoux) et le lieu où siégeait le pouvoir souverain (l'abbaye de Bonne-Espérance en Hainaut) qui devait rendre son avis sur chaque décision prise par les juges locaux, la difficulté d'obtenir un bourreau à proximité, et, enfin et surtout, le degré de résistance parfois considérable du prévenu face à la torture.
Les frais relatifs aux procès s'élevèrent, au total, à la somme de 316 florins et 12 patars, montant incombant pour moitié au seigneur et baron de Chaumont, et pour l'autre moitié aux habitants dudit Chaumont, comme il a été convenu lors des plaids généraux. La règle absolue prévoyait que les biens du condamné étaient confisqués au profit du seigneur haut justicier (en l'occurrence ici l'abbé de Bonne-érance), après déduction des frais du procès. Le fait qu'il ait fallu examiner le mode d'acquittement des frais durant les plaids généraux montre à quel point nos trois prévenus vivaient dans le plus grand dénuement, puisque rien n'a pu être prélevé à leur domicile afin de pourvoir au coût desdits procès.
Cela était habituel, les personnes inculpées de sorcellerie étant presque toujours insolvables, il fallait bien trouver l'argent ailleurs. Cependant, le cas de Chaumont-Gistoux se distingue de bon nombre de procès, dans le sens où le seigneur prenait d'ordinaire à son compte une part bien plus appréciable que la moitié des frais. La communauté rurale a donc dû consentir à de lourds sacrifices pour honorer la dépense (la population de Chaumont comprenait alors :1.700 âmes), probablement par le biais d'une sévère augmentation de l'imposition (la taille). Le détail de la facture n'est malheureusement pas précisé; on peut juste affirmer qu'elle comportait les postes inhérents à chaque procès, à savoir le déplacement des juges, la collecte et le traitement de l'information, l'enquête du chirurgien (recherche de la trace diabolique sur le corps de la victime), la torture par le bourreau, l'exécution et le banquet pris par les magistrats au terme de la mise à mort).